19 janvier 2009
Le sourire dObama
Plus que tous les autres types de représentation, et notamment la photographie, la caricature dévoile les intentions de son auteur. Un examen attentif des dessins de presse consacrés à Barak Obama révèle la présence d'un stéréotype: le sourire éclatant.
Dans la représentation photographique ou dessinée du visage humain, le sourire peut être assimilé au punctum de Roland Barthes: le détail qui attire spontanément le regard et qui donne sa véritable signfication à l'image, quelles que soient ses autres com
posantes.
Il peut être aussi, et en même temps, un signal émis par la personne représentée dans le registre de la communication non verbale. Les gestes, les mimiques font partie de ce métalangage dont l'importance apparaît dans l'expression courante "un sourire commercial".
A partir de ce cliché de la séduction, la controverse politique a extrait en 1965 une charge - "Monsieur dents blanches"- contre les affiches de Jean Lecanuet, candidat à la présidence de la République, accusé de chercher à imiter le légendaire sourire de John Fitzgerald Kennedy.
Plus récemment, un pamphlet signé Philippe Muray a stigmatisé
la vacuité de la campagne de Ségolène Royal dans une formulation qui rappelle les analogies cachées entre le sourire et le masque.
Mais Barak Obama n'utilise pas le sourire comme un blason à la manière de Kennedy, ou comme un logo dans l'approche de Jean Lecanuet et de Ségolène Royal. Il semble, au contraire, vouloir cultriver une physionomie sérieuse, grave, voire préoccupée qui sied à cette période de crises.
Son sourire est rare dans ses apparitions médiatiques mais très répandu dans l'anthologie de ses caricatures. Peut-être parce qu'il apporte justement un contraste expressif qui le rend d'autant plus éclatant. La plupart des représentations de ce sourire emblématique relèvent manifestement d'un réflexe technique: ce sourire est très graphique et les dessinateurs adorent produire de tels détails.
Des intentions amicales se laissent également percevoir. Mais, première ambivalence, les adversaires les plus féroces de Barak Obama utilisent ce même sourire pour suggérer le côté enjôleur, donc tricheur, du politicien.
Une seconde ambivalence est encore plus difficile à disséquer.Elle porte sur la dimension raciste du stéréotype "sourire nègre".

Si l'on compare certaines caricatures d'Obama aux publicités paternalistes de l'ère coloniale, les analogies s'imposent: il y a la même intention raciste dans certaines représentations de Barak Obama que dans la célèbre publicité pour le cacao Banania.

Mais le même stéréotype appliqué à Obama et à Louis Armstrong ne fonctionne plus car le sourire - et surtout le rire - de Louis Armstrong n'était pas, comme certains l'ont affirmé, un signe "d'oncletomisme", acceptation par l'artiste noir de sa soumission au regard des Blancs.

Lors des premiers combats pour les Droits civiques, Louis Armstrong, vedette internationale utilisée par le Département d'Etat pour la propagande américaine, a violemment et publiquement interpellé le président des Etats-Unis, un certain Dwight Eisenhower.
Barak Obama ne se sert pas de son sourire de manière démagogique. La plupart des caricaturistes exploitent ce trait de sa personnalité parce qu'il est visuel ou par sympathie. Ceux qui exploitent ce sourire de manière négative se répartissent en deux catégories:
- ce sourire est un masque de politicien roublard, peu importe la couleur de sa peau.
- ce sourire est une opportunité de titiller des réflexes racistes sans déroger au "politiquement correct".
Il va falloir observer comment l'exploitation de ce stéréotype évolue au gré des difficultés qui attendent Barak Obama.
VOIR LES CARICATURES DANS L'ALBUM "LE SOURIRE D'OBAMA"
05 mars 2006
Johnny Cash, homme logo

L'image de soi devient un logo vivant quand l'apparence (en
anglais: the look) résume
et synthétise une personnalité. C'est le cas
de Johnny Cash qui a incorporé ses valeurs paradoxales - révolte et
soumission bigote, anarchisme et patriotisme guerrier, morale et
transgressions variées - dans un code de couleurs aussi efficace que
celui des
armoiries médiévales: rouge, blanc, noir.
Les justifications chantées, écrites et filmées de "L'homme en noir"
importent
moins que la robustesse et la pérénnité de ce qui s'apparente à un
marketing de l'ego. Cette projection narcissique passe par deux
stratégies combinées. L'une consiste à capter des signes d'autant plus ostentatoires
qu'ils ont été incrustés dans l'imaginaire collectifs par des héros faisant
figures d'archétypes. Johnny Cash a ainsi adopté, guitare dans le dos, la
dégaine des chanteurs protestataires vagabonds dans l'Amérique des années trente. L'autre
stratégie suppose une capacité à inventer et à propager des indices puissamment
connotés comme le noir, un des attributs du rebelle.
Johnny Cash ne s'est pas contenté, comme beaucoup d'insignifiants people
d'hier et d'aujourd'hui, d'afficher des signes renvoyant à des postures
stéréotypées.
Ses récitals dans les prisons témoignent d'une attention qui
relève du vertige existentiel. Mais le critère décisif est celui de
l'authenticité. Produit d'une mentalité sudiste à la fois libertaire et
puritaine, individualiste et compassionnelle, l'auteur de "Walk the
line" était ce qu'il faisait et faisait ce qu'il était. Son image, au sens
de "réputation", est plus cohérente malgré ses intimes dissonances,
que celle d'Elvis Presley, écartelée entre "King Creole" et Las Vegas.
Le film



