Avoir envie d'accrocher dans son appartement la couverture d'un magazine d'information est une pulsion désormais rarissime tant l'art d'illustrer s'est rabougri dans la presse hexagonale. Heureusement XXI est arrivé et se porte de mieux en mieux au fil de ses parutions trimestrielles.

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Ici, par exemple, s'imposent au regard une composition structurée en verticales et en horizontales selon la règle des trois tiers, une profondeur de champ suggérée par les dimensions respectives de quatre visages alignés sur une courbe à droite, une palette de couleurs avec des tons chauds et des tons froids, sombres et lumineux rarement associés dans une telle harmonie.

Post-moderne, hyper réaliste... Les références culturelles se bousculent dans la contemplation de cette oeuvre où même le texte joue son rôle pictural selon une tradition qui va de Toulouse-Lautrec à Andy Warhol en passant par Braque et Magritte.

Les directeurs artistiques orchestrent des images

XXI_LogoLe mot "harmonie" conduit directement à la métaphore de l'orchestrateur. Elle permet en effet de cerner l'apport créatif des directeurs artistiques de XXI. Cet apport se fait sentir au premier coup d'oeil par la définition d'une identité fondée sur une cohérence esthétique. Ce que l'arrangeur réalise en musique par ce qu'on appelle un style. Celui de Quincy Jones n'est pas celui de Don Costa, qui n'est pas celui de Nelson Riddle. Ici, le style s'annonce avec un logo typographique qui en dit long sur la consistance du trimestriel.

Comme l'orchestrateur, le directeur artistique connaît parfaitement les spécificités de tous les modes d'expression visuels. La noblesse de la photographie en noir et blanc, par exemple, renvoie aux grands maîtres du genre, les correspondants de guerre au Vietnam, au Biaffra. Les héritiers de Don McCullin sont aujourd'hui dans les vallées afghanes. XXI est la seule publication à pouvoir les faire connaître en France.

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Le refus de la couleur a pour conséquence un rétrécissement du spectre des informations qu'une image peut délivrer. Les saisons, par exemple, ou les heures du jour, produisent des dominantes colorées que le le noir et blanc exlcut au profit d'une expressivité plus forte.

Cependant, comme ils ne sont pas des intégristes de la photo, XXI_photo_couleurs_main_rid_eles directeurs artistiques de XXI vont chercher dans les couleurs une valeur ajoutée aussi subtile qu'un pizzicato derrière une masse d'anches et de cuivre. ( Que l'on ne me dise pas, à propos de la photographie ci-contre, qu'elle aurait été aussi éloquente, voire davantage, en noir et blanc...Les rides ne suffisent pas à exprimer la vieillesse. La peau, les veines changent de teintes au fil des âges. Le papyrus et le parchemin n'ont pas la blancheur du pastique. Les années ajoutent aux froissements des rides une texture de peau que la photo en noir et blanc ne restitue pas, ou très mal.)


Un large éventail de références esthétiques

Les orchestrateurs de XXI savent doser la sensualité d'un support avec la luminosité blafarde de l'aquarelle dans des teintes lourdes au service d'une composition qui pourrait être celle d'un tableau dans le style Vlaminck.

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Le neuvième art comme mode d'expression du reportage est une entreprise à priori risquée dans la mesure où la bande dessinée est, par essence, scénarisée. Or la mise en scène ne convient guère à l'observation et à la restitution du réel parce qu'elle est généralement réservée à la fiction; et aussi parce que la notion de mise en scène associée aux activités journalistiques renvoie à trop de pratiques troubles en photoreportage comme à la télévision: le point de vue incertain, l'angle insidieux, le cadrage trop sélectif, le re-cadrage, la retouche sous Photoshop... Mais, dans XXI, les reporters sont des auteurs, ce qui suppose de la subjectivité assumée et la qualité du regard en guise d'éthique.

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Le dessin pur se réfère,dans XXI, tantôt au classicisme de la ligne clair, voire plus loin dans le passé aux peintres fauves ou nabis. Il prend le plus souvent les traits contemporains dans ce qu'ils ont de plus libre et de plus violent. Et quand l'expressionisme d'aujourd'hui se cale dans le vieux moule de l'allégorie, l'image ne se gaspille pas en essayant de résumer le texte.

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Précisément, le problème, délicat entre tous, des rapports entre les mots et l'image est largement solutionné par le fait que si les rédacteurs sont des auteurs au sens où l'on désigne les écrivains, les illustrateurs sont des artistes. Autrement dit, ils créent à la manière des interprètes qui se livrent à des variations sur un thème donné. L'image n'est pas asservie au texte et elle ne se fait pas redondante.

Thèmes, variations et contrepoint

Mais il arrive - ici prend fin la métaphore musicale - que l'orchestration de XXI relève de l'oratorio avec le texte comme voix et les images comme instruments. Cela donne lieu à des exposés de thèmes où l'on voit le titre, le texte et le dessin coopérer dans ce qu'il faut bien considérer comme une mise en page contrapunctique; Un prélude au récit.

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La mise en page, cadre formel à l'intérieur duquel il est difficile d'improviser, permet aux directeurs artistiques de XXI d'innover, alors que l'invention dans ce domaine semblait impossible après Neville Brody, le grand designer du monde de Gutemberg. Ancrer un résumé introductif textuel dans une image ouverte est à la fois une coquetterie et un avertissement visuel: le texte "pointu" s'enfonce tel une lame dans un plastron garni de dents de crocodile.

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Voir un échantillon plus large des illustrations dans l'album "L'imagerie de XXI".

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