Prise par Max Rossi, de l'agence Reuters, et publiée notamment par "Le Monde" électronique, cette photographie a été réalisée le 22 octobre 2008 à l'occasion d'un festival du cinéma italo-américain à Rome. Elle raconte deux histoires.

Al_Pacino_V2

La première histoire est technico-artistique. Le point de vue à partir duquel opère Max Rossi découle peut-être d'un choix volontaire. Si c'est le cas, ce photographe est grand car il montre qu'il connaît la valeur psychologique et mythique du profil d'Al Pacino.

Si le point de vue du photographe résulte d'une contrainte - bousculade pour cadrer l'acteur de face et tendre les micros - alors Max Rossi a tiré le plus grand profit de cette contingence quand il a choisi de cadrer aussi le mur audiovisuel qui se dresse vers Al Pacino.

Dans les deux cas, l'image révèle la stature de l'imagier.

L'autre histoire, symbolique, que raconte cette photo est celle de la puissance de rayonnement qui définit une vraie star. On a coutume de répéter, depuis que Garbo a constuit son mythe, que les vraies stars se reconnaissent au fait qu'elles sont inaccessibles. Elles ne peuvent donc provenir que du cinéma, sûrement pas de la télévision. (Ce qui implique, soit dit en passant, que les magazines de télévision qui parlent de "stars" et les gens de télévision qui se considèrent et se comportent comme telles commettent et perpétuent une imposture.)

Dans cette scène, Al Pacino commet ce qu'aucune vraie star n'a osé commettre: il transgresse le critère d'inaccessibilité, dont il n'a plus besoin. La transgression correspond bien aux personnages que l'acteur à incarné. Elle valide ainsi l'idée qu'Al Pacino est peut-être, dans la vie, la somme de tous ces personnages et que chacun de ces héros de cinéma -y compris le Marchand de Venise ou Richard III - est une part d'Al Pacino.

Pour toutes ces belles raisons, cette photo est déjà mythique.