16 octobre 2008
Visualisations de la crise financière
Grâce notamment aux recherches du Massachusetts Institute of Technology la visualisation des phénomènes complexes est beaucoup plus avancée et exploitée dans les médias électroniques américains et britanniques que sur les sites web, essentiellement textuels, des organes de presse français.
L'incontournable blog spécialisé Infosthetics en administre la preuve à propos de la crise financière, exemple-type du phénomène complexe.
(cliquez sur les images pour les agrandir)
La BBC a certainement produit le diagramme le plus simple et le plus efficace pour expliquer en quoi le fonctionnement du marché des subprimes constituait une dérive au regard des pratiques normales de la spéculation financière. 
C'est également le site de la BBC qui a eu la bonne idée d'exploiter les technologies de géolocalisation pour montrer dans la ville de Portland (Oregon) les ravages des prêts immobiliers hypothécaires accordés aux ménages insolvables. La carte indique par intensités de couleurs croissantes l'insolvabilité des familles dépossédées de leurs maisons et ruinées.
Cependant, en termes de quantité, de qualité et de créativité, le New York Times et ses blogs de journalistes s'imposent comme les meilleures sources éditoriales de graphismes de données.
Il y a d'abord le spectacle des pertes enregistrées par les principales banques qui ont trempé dans cette spéculation.
On peut compléter ce panorama par le tableau des banques que paralysaient les restrictions de crédits avant le plan Paulson qui mobilise 700 milliards de dollars pour fluidifier les transactions interbancaires. Ce tableau interactif a été proposé par le site Portfolio du groupe Condé Nast; les chiffres apparaissent lorsque le curseur passe sur les différentes surfaces:
Autre graphique animé en quatre séquences
thématiques: l'historique des interventions gouvernementales et de leurs effets par le New York Times.
Ce document peut être complété par une rétrospective des sauvetages publics d'établissements financiers privés depuis 2001. Cette éloquente guirlande a été établie par le site Propublica.
Le code de couleurs précise le secteur d'activité et la taille des cercles indique le montant des sommes dépensées pour chaque sauvetage.
Dans un des épisodes marquants de cette crise financière, celui de Bear Stearn, News Visual exploite les ressources de la cartographie nomment et positionnes les personnalités concernées.
Le graphisme est également interactif. L'utilisateur peut agrandir ou rétrécir l'image, cliquer sur un point nodal pour obtenir des précisions, filtrer la représentation des données, modifier le schéma avec de nouvelles entrées, partager cette visualisation avec d'autres personnes.
Une autre représentation des interdépendances entre banques d'affaires, fonds spéculatifs, banques de dépôts, compagnies d'assurances, fonds de pensions et entreprises de l'économie réelle a été réalisée pour suggérer l'intensité et l'ampleur du "choc" provoqué par la faillite de Lehman Brothers.
Pour saisir la texture du système financier, Smart Money a développé un outil interactif particulièrement sophistiqué. l'internaute se promène dans ce tableau "à la Vasarely" en faisant entrer ses requêtes et en les affinant grâce à l'interface située à droite.
Cette abstraction géométrique peut être "humanisée" et mondialisée grâce à la vision des fonds souverains et de leur rôle dans le système financier, vision proposée par un blog de journaliste du New York Times avec un titre qui n'a rien d'humoristique: "Suivez l'argent".
De l'humour, il y en a dans ce nuages de mots que WordNews développe sur le modèle des mots découpés dans les lettres anonymes. Les tailles relatives de chaque mot indiquent les importances relatives des articles consacrés à chaque sujet.
On appréciera la puissance des statistiques dans les liens invisibles mais prégnants qui relient entre eux les mots "économie", "marchés", "monde" et "récession".
Ici plus qu'ailleurs les mots disent tout puisqu'ils sont utilisés, et perçus, comme les images qui composent la grande fresque de l'actualité financière.
21 juin 2007
Des collectes belles et efficaces
En combinant la puissance des
agents intelligents et la finesse des graphismes de données, Navagent apporte la preuve de la supériorité de l’image sur les mots dans certaines
activités cognitives. Il s’agit, en l’occurrence, de la collecte d’informations
sur le web.
Les robots informatiques appelés « agents » effectuent des recherches en se fondant sur des règles qu'ils appliquent avec une autonomie restreinte. Dans le dispositif en question, les agents sont programmés pour trouver certains types d’informations et on peut des télécharger des agents spécialisés en fonction de ses centres d'intérêt. Les résultats de leur collecte sont transformés en représentations graphiques par le logiciel de visualisation inclut dans le programme Surf3D.
Le premier effet de la beauté des
images ainsi obtenues est de rendre compte de la complexité du réseau mondial.
Cette complexité révélée peut avoir des résonances poétiques. Elle est surtout un
facteur de productivité car, face à un paysage électronique, l’utilisateur a la
possibilité de choisir son centre d’intérêt beaucoup plus facilement que sur
une liste de liens proposée par un moteur de recherche. Il en résulte, selon
Navagent, un gain de 80 % dans la recherche d’informations.
(Cliquer sur les images pour les agrandir)
12 décembre 2006
Présidentielle 2007 : cartographies remarquables
Enfin, une prouesse française dans la visualisation des
données (1)…
A force d’admirer, depuis près de dix ans, les travaux de Fernanda
Viegas - qui a quitté le Medialab du MIT (= Massachusetts Institute of Technology)
pour entrer au Laboratoire de Communication visuelle d' IBM - le thème du
« retard français » était devenu un leitmotiv navrant.
Pour des
raisons scientifiques, économiques et sécuritaires (2), la cartographie
électronique est en plein essor, sauf (semblait-il jusqu'à maintenant) dans l’Hexagone, invisible
pour cause de recherches avancées insuffisantes depuis les anciennes technologies militaires devenues ARISEM propriété de Thalès et le défunt réseau
Solaris composé d'universitaires.
Et voici que, grâce à une note vue sur le site du PS, surgit une
approche extraordinairement stimulante de l’activité politique dans la
perspective de l’élection présidentielle. Illustration avec une étude comparative des blogosphères
communiste et sarkoziste.
(cliquez sur les images pour les agrandir)
Il faut lire attentivement les conclusions prudentes
et provisoires de Franck Ghitalla; en voici un résumé forcément
réducteur :
le territoire électronique de l’UMP ( à droite) est plus visible que celui
du PCF( ci-dessous à gauche) et il peut donc constituer un amplificateur plus puissant ; mais,
paradoxalement, les blogs communistes sont plus ouverts sur l’extérieur que
ceux du parti actuellement au pouvoir
, dont les liens se concentrent sur un noyau
central. Usons d’une métaphore : la puissance technologique du réseau
sarkoziste peut très bien produire un « effet larsen » peu
convaincant parce que perçu par les seuls convaincus.
La méthodologie est
détaillée avec humilité et simplicité.
Cette modestie est d’autant plus intéressante qu’elle émane
d’une équipe d’ingénieurs en sciences de l’information issus de l’Université de
Technologie de Compiègne. Ils ont créé
Visités de manière intuitive, les
territoires numériques
de la politique française se dévoilent à la
lumière des
liens hypertexte qui, entre les noeuds de portions du Réseau, confèrent
au web une étonnante consistance. Les références cosmologiques s’imposent
quand
apparaît l’image d’un amas globulaire (capture d’écran en haut à
gauche) au sein duquel il est possible d’entrer pour observer de plus
près la
nébuleuse socialiste (ci-contre) avant d’arpenter la constellation des
commentateurs (ci-dessous)
Cette représentation rappelle les recherches menées dans les
années 80 par l’anthropologue Gilbert Durand qui, avec l’aide des ordinateurs
du Centre National d'Etudes Spatiales de Toulouse avait réussi à cartographier l’imaginaire politique des
Français à partir de sondages qui recèlent les forces d’attraction des
organisations partisanes. On pourrait même évoquer les travaux classiques
d’André Siegfried qui attribuait des comportements électoraux spécifiques aux
habitants de territoires à dominante de calcaire ou de granit.
Dans l’immédiat et tandis que les chercheurs de RTGI perfectionnent leurs outils, il ne fait aucun doute que l’Observatoire Présidentielle 2007 sera un des lieux les plus intelligents de la campagne électorale.
(1) A lire :"Données à voir, le graphisme d'information sur support numérique", Matt Woolman, éditions Thames & Hudson.
(2) Utilisant un logiciel libre de visualisation, deux
chercheurs américains viennent de cartographier les liens entre certains mots
clefs utilisés sur le web à l’occasion des attaques terroristes survenues entre
le 12 octobre 2000 et le 11 septembre 2001. Les images ont été publiées dans le
New-York Times du 3 décembre (article désormais payant) mais une version
interactive est disponible sur le site de James Nears.







