Communiquer par l'image

Informations et réflexion sur les images communicantes.

31 janvier 2009

L'art d'illustrer l'information selon XXI

Avoir envie d'accrocher dans son appartement la couverture d'un magazine d'information est une pulsion désormais rarissime tant l'art d'illustrer s'est rabougri dans la presse hexagonale. Heureusement XXI est arrivé et se porte de mieux en mieux au fil de ses parutions trimestrielles.

XXI_couverture_nouveaux_visages_de_l__conomie

Ici, par exemple, s'imposent au regard une composition structurée en verticales et en horizontales selon la règle des trois tiers, une profondeur de champ suggérée par les dimensions respectives de quatre visages alignés sur une courbe à droite, une palette de couleurs avec des tons chauds et des tons froids, sombres et lumineux rarement associés dans une telle harmonie.

Post-moderne, hyper réaliste... Les références culturelles se bousculent dans la contemplation de cette oeuvre où même le texte joue son rôle pictural selon une tradition qui va de Toulouse-Lautrec à Andy Warhol en passant par Braque et Magritte.

Les directeurs artistiques orchestrent des images

XXI_LogoLe mot "harmonie" conduit directement à la métaphore de l'orchestrateur. Elle permet en effet de cerner l'apport créatif des directeurs artistiques de XXI. Cet apport se fait sentir au premier coup d'oeil par la définition d'une identité fondée sur une cohérence esthétique. Ce que l'arrangeur réalise en musique par ce qu'on appelle un style. Celui de Quincy Jones n'est pas celui de Don Costa, qui n'est pas celui de Nelson Riddle. Ici, le style s'annonce avec un logo typographique qui en dit long sur la consistance du trimestriel.

Comme l'orchestrateur, le directeur artistique connaît parfaitement les spécificités de tous les modes d'expression visuels. La noblesse de la photographie en noir et blanc, par exemple, renvoie aux grands maîtres du genre, les correspondants de guerre au Vietnam, au Biaffra. Les héritiers de Don McCullin sont aujourd'hui dans les vallées afghanes. XXI est la seule publication à pouvoir les faire connaître en France.

XXI_double_page_photo_afghanistan

Le refus de la couleur a pour conséquence un rétrécissement du spectre des informations qu'une image peut délivrer. Les saisons, par exemple, ou les heures du jour, produisent des dominantes colorées que le le noir et blanc exlcut au profit d'une expressivité plus forte.

Cependant, comme ils ne sont pas des intégristes de la photo, XXI_photo_couleurs_main_rid_eles directeurs artistiques de XXI vont chercher dans les couleurs une valeur ajoutée aussi subtile qu'un pizzicato derrière une masse d'anches et de cuivre. ( Que l'on ne me dise pas, à propos de la photographie ci-contre, qu'elle aurait été aussi éloquente, voire davantage, en noir et blanc...Les rides ne suffisent pas à exprimer la vieillesse. La peau, les veines changent de teintes au fil des âges. Le papyrus et le parchemin n'ont pas la blancheur du pastique. Les années ajoutent aux froissements des rides une texture de peau que la photo en noir et blanc ne restitue pas, ou très mal.)


Un large éventail de références esthétiques

Les orchestrateurs de XXI savent doser la sensualité d'un support avec la luminosité blafarde de l'aquarelle dans des teintes lourdes au service d'une composition qui pourrait être celle d'un tableau dans le style Vlaminck.

XXI_papier_peinture

Le neuvième art comme mode d'expression du reportage est une entreprise à priori risquée dans la mesure où la bande dessinée est, par essence, scénarisée. Or la mise en scène ne convient guère à l'observation et à la restitution du réel parce qu'elle est généralement réservée à la fiction; et aussi parce que la notion de mise en scène associée aux activités journalistiques renvoie à trop de pratiques troubles en photoreportage comme à la télévision: le point de vue incertain, l'angle insidieux, le cadrage trop sélectif, le re-cadrage, la retouche sous Photoshop... Mais, dans XXI, les reporters sont des auteurs, ce qui suppose de la subjectivité assumée et la qualité du regard en guise d'éthique.

XXI_BD_extrait

Le dessin pur se réfère,dans XXI, tantôt au classicisme de la ligne clair, voire plus loin dans le passé aux peintres fauves ou nabis. Il prend le plus souvent les traits contemporains dans ce qu'ils ont de plus libre et de plus violent. Et quand l'expressionisme d'aujourd'hui se cale dans le vieux moule de l'allégorie, l'image ne se gaspille pas en essayant de résumer le texte.

XXI_dessin_composite_Gaydamak

Précisément, le problème, délicat entre tous, des rapports entre les mots et l'image est largement solutionné par le fait que si les rédacteurs sont des auteurs au sens où l'on désigne les écrivains, les illustrateurs sont des artistes. Autrement dit, ils créent à la manière des interprètes qui se livrent à des variations sur un thème donné. L'image n'est pas asservie au texte et elle ne se fait pas redondante.

Thèmes, variations et contrepoint

Mais il arrive - ici prend fin la métaphore musicale - que l'orchestration de XXI relève de l'oratorio avec le texte comme voix et les images comme instruments. Cela donne lieu à des exposés de thèmes où l'on voit le titre, le texte et le dessin coopérer dans ce qu'il faut bien considérer comme une mise en page contrapunctique; Un prélude au récit.

Double_page_Irak_titre_texte_dessin

La mise en page, cadre formel à l'intérieur duquel il est difficile d'improviser, permet aux directeurs artistiques de XXI d'innover, alors que l'invention dans ce domaine semblait impossible après Neville Brody, le grand designer du monde de Gutemberg. Ancrer un résumé introductif textuel dans une image ouverte est à la fois une coquetterie et un avertissement visuel: le texte "pointu" s'enfonce tel une lame dans un plastron garni de dents de crocodile.

XXI_mise_en_page_texte_en_V_dans_image

Voir un échantillon plus large des illustrations dans l'album "L'imagerie de XXI".

Voir aussi JOURNALISTIQUES.FR

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25 juin 2008

La deuxième édition est en librairie

La deuxième édition de mon livre "Communiquer par l'image" est en librairie depuis le 25 juin.
Elle comporte de nombreuses actualisations ,notamment dans le domaine de l'image numérique et dans celui des réseaux.
Le cahier des illustrations en couleurs rend bien compte des évolutions qui s'accélèrent dans ce domaine. On y vérifiera la qualité du rendu d'un capteur à huit millions de pixels sur papier. On s'attardera sur la créativité des artistes français stimulée par les moyens d'expression numériques.

Livre_deuxi_me__dition

Lors de la première publication, en mars 2005, la blogosphère n'avait pas encore pris l'importance qu'elle revêt dans la communication d'aujourd'hui. J'ai donc ajouté des recommandations pour les sites web ainsi que des préconisations pour les blogs et les réseaux sociaux.
Les fondamentaux de la communication par l'image dominent cette deuxième édition.
Merci à Emilie Lerebours qui, aux éditions Dunod, a facilité la mise à jour avec beaucoup de professionnalisme;

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01 janvier 2007

Visages de soldats morts en Irak

Visages_de_Soldats_morts_le_dernier_281206Le New York Times en ligne déploie en hommage aux soldats morts en Irak le premier mémorial militaire interactif.
Il s'agit d'une mosaïque faite de petits carrés numériques gris et noirs. Chaque carré représente un disparu. Lorsque le curseur passe sur un carré, un message contextuel décline le nom, le prénom, la date du décès et le lieu de résidence du défunt. Un clic sur le même carré fait apparaître sa photo si les services d'identification de l'armée américaine ont pu en incruster une.
L' interactivité permet de retrouver, tout en bas à droite là où commence la mosaïque, le nom du premier soldat tué  - un Marine nommé Jay T. Aubin, âgé de 36 ans, tué le 21 mars 2003 - et de découvrir en haut à gauche, le nom du mort le plus récent. Le 1er janvier 2007, cet honneur revenait à William D. Spencer. Il était de Paris (Tennessee). Spencer_William_281206Il a été tué le 28 décembre. Il avait 20 ans.
Par rapport aux nécropoles des guerres anciennes, comme celles de Verdun, une analogie visuelle s'impose, celle de l'accumulation ordonnée. Tout se passe comme si les tueries rationalisées devaient se donner à voir sous la forme de bilans comptables, chaque entité humaine devant apparaître comme une unité de compte dans "le prix à payer". De ce point de vue, seule une hyperpuissance au sein de laquelle des pères et des mères acceptent par avance d'aller chercher leur fils dans un cercueil, peut se permettre d'offrir au monde la contemplation du bilan actualisé de ses dépenses en vies humaines.
A la différence des alignements de croix et des monuments de nos villages, le mémorial militaire interactif essaie de préserver dans la mémoire collective l'identité de chaque soldat mort. Visages_des_morts_globalVoici par exemple Jesus Gonzalez, un Californien tué le 12 avril 2003. Cette manière d'entretenir le culte du souvenir individuel résulte sans doute d'un patriotisme qui perd l'essentiel de son intensité dans les nations qui ne veulent plus faire la guerre.
Il ne manque plus à cette célébration que l'adagio pour cordes de Samuel Barber, dans la version de enregistrée par Leonard Bernstein avec l'Orchestre Philharmonique de New York le 12 janvier 1971 en pleine guerre du Vietnam.Le web deviendrait alors, à cette adresse, un espace aussi lacrymal qu'un film d'Oliver Stone. La Toile sert aussi à faire des linceuls.

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30 août 2006

L'Islam, la Femme et l'Image

Malika_croix_verteMalika, 23 ans, est accusée par son mari d'avoir eu une liaison avec un Russe. Tchétchène, Malika est musulmane. Slave, son amant supposé est chrétien. Les forces de sécurité s'emparent de la femme, rasent ses cheveux, peignent son crâne avec la couleur de l'Islam et dessinent sur son front une croix d'infamie.

Pendant deux heures, Malika dénudéeMalika_torse_nu est battue avec des morceaux de bois dans une caserne des forces de sécurité. Puis elle est ramenée dans le village, traînée devant le domicile de son époux où elle est contrainte de danser en public. Elle reçoit des coups de pied chaque fois que ses tortionnaires estiment que sa chorégraphie n'est pas suffisamment lascive.

ll importe peu que cette scène se passe en Tchétchénie sous la férule d'un chef de guerre pro-russe. Ce qui est décisif, ici, c'est que la soldatesque ait éprouvé le besoin d'enregistrer les sévices qu'elle inflige à la jeune femme enceinte. Les miliciens musulmans disposent de téléphones nomades équipés de capteurs numériques. Or ces vaillants croyants ne contrôlent pas l'image numérique, qui devient virale dès lors qu'elle est mise en circulation sur les réseaux de téléphonie mobile.

Malika_soldat_filmeL'envoyé spécial du New-York Times dans la contrée pacifiée par Poutine a pu facilement se procurer ces petites vidéos déconseillées aux personnes sensibles. Dans la scène d'humiliation publique infligée à Malika, un défenseur de la Tchétchénie et de l'Islam suit sa victime en brandissant son téléphone, se plaçant comme un paparazzi dans le champ d'un autre voyeur numérique.
L'Islam contrôle mieux la Femme que les technologies de la communication. Or, ces dernières posent à l'Islam des questions que les dévôts de toutes obédiences religieuses évitent de poser. Les croyants en uniformes ont en l'occurrence un étrange rapport avec l'Image: dessiner leur prophète, non; montrer plusieurs hommes en armes en train de battre une femme seule, oui. L 'Islam iconoclaste fait d'ailleurs un usage ambigu de l'image: vacarme planétaire et morts violentes pour des caricatures, silence de mort sur des scènes de tortures. Humanisme...

Source: C.J. Chivers pour le New York Times en ligne

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23 août 2006

L’actualité cartographiée en temps réel

Quand plusieurs points d’un planisphère s’animent au gré de stimuli déclenchés par des dépêches d’agences, l’image électronique propose la représentation la plus achevée de ce qu’est l’actualité aujourd’hui: une symbiose de l’espace, symbolisé par le schéma de la planète, et du temps, que des points lumineux se chargent de baliser. Réalisée par le designer hollandais Jeroen Wigering, Mappedup est une fascinante interface graphique, une killer application, à la fois fonctionnelle et créative.
La richesse et l’énorme potentiel de développements futurs de cette visualisation tient au fait qu’il s’agit d’une métaphore de l’industrie de l’information, métaphore dont la profondeur est accessible par des codes de décryptage.Mappedup_planisph_re
Calés sur leurs fuseaux horaires, les continents se décomposent en plusieurs dizaines de spots qui sont autant de points de localisation. Les taches lumineuses qui restent vertes désignent les contrées où les médias estiment qu’il ne se passe rien d’intéressant. A elle seule, cette règle du code de décryptage résume de manière fulgurante le fonctionnement, arbitrairement filtré, de l’industrie de l’information. Premier filtre: les agences décident qu’à tel endroit, il ne se passe rien qui soit digne d'être relaté et diffusé. Deuxième filtre: l’interface graphique ne glane que quelques unes des sources d’information actives dans une région donnée.Or, certaines régions ne sont pas "couvertes" par les médias et dans certains pays les médias sont contrôlés ou n'ont pas les moyens d'assumer leur mission d'information. Ainsi, les spots africains ne s’allument presque jamais; or il se passe forcément des choses intéressantes en Afrique; donc, l’information s'affiche avant tout comme une représentation construite par des professionnels qui sélectionnent et hiérarchisent les faits et les évènements selon des critères largement opaques.
Mappedup_Am_riques_1Certains spots apparaissent en jaune ou en rouge. C’est la parfaite transposition, dans un code de couleurs conventionnel, de l’expression « les points chauds de l’actualité. » Les spots jaunes et rouges émettent sporadiquement des courbes concentriques, représentation la plus convenues des ondes. On y voit évidemment des références aux ondes de la radio et de la télévision tandis que l’animation électronique s’interprète comme un signal d’alerte. De manière plus singulière encore, les points lumineux transcrivent certains tics de langage des présentateurs de journaux radiophonique et télévisés, lorsqu’il disent, en formules de transition, pour changer de sujet: «  Nous allons maintenant à … », « Direction Beyrouth, où … ».  

Si elle ne proposait qu’une image de l’actualité digne des enseignes de Las Vegas, avec des ampoules qui s’allument et qui s’éteignent, Mappedup ne passionnerait guère que les « accrocs de l’info », les news junkies, qui pourraient y exciter leur anxiété boulimique. 
En fait, le potentiel de développements est immense. D’abord, parce que le planisphère est interactif, supériorité absolue de l’imagerie électronique sur les imageries antérieures (photographie, cinéma, télévision). Grâce à l'interactivité, l’utilisateur exerce une liberté cruciale: il choisit ses centres d’intérêt et ses sources d'information. Il peut en effet ajouter ses propres fils RSS à ceux qui sont proposés par la version beta téléchargeable gratuitement. Ce faisant, il personnalise l’interface gratuite et se l’approprie partiellement.Mappedup_Am_riques_2_bis Les spots qu’il voit s’activer sur l’écran sont des messagers programmés par lui. Même si les sources sont largement filtrées, il ne subit plus totalement l’arbitraire de l’industrie de l’information. Pour assumer la responsabilité de sa liberté de choix, il a accès aux sources d'information par un simple clic sur une bulle - référence à la bande dessinée – qui résume l’information d'une phrase assortie d'un lien hypertexte. L’utilisateur peut donc exercer sa faculté de discernement en retenant et en éliminant certaines sources.
La fonction de partage des sources d’information n’est pas un utopique gadget d’intelligence collective, c’est un moyen de vérifier l’origine et la qualité des informations en les soumettant à la vigilance d’autres utilisateurs concernés par les mêmes thèmes, et parmi lesquels se trouvent probablement des experts du sujet traité.
                                         Mappedup_symbole_partage

On imagine, sur ces bases prometteuses, des implémentations de sons et d’images fixes ou animées, d’outils de vérification sémantiques plus perfectionnés. L’information ne sera plus, alors, un spectacle de diversion comme c’est le cas à la télévision, mais une vision proche de la visualisation scientifique fondée sur des hypothèses réfutables : en l’occurrence celles de la validité des sources et du rôle des filtres.

Comme cet outil s’utilise sans médiateurs – au grand dam du sociologue Dominique Wolton – et comme les sources d’information passent par les fils RSS, il s’agit bien d’une illustration des nouveaux médias. D’ailleurs le planisphère électronique montre une des dimensions essentielles de la Toile mondiale.
Source : L'atelier numérique

Posté par Alain Joannes à 16:17 - Information - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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