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09 mars 2006

Casting de suspects

L’insipidité des visages d’acteurs est une des raisons de l’ennui que secrète le cinéma français. L’omniprésence de physionomies fades, qui « ne disent  rien », empêche de s’intéresser à des histoires dont on sait par avance qu’elles seront ternes et mornes, rien qu’en retrouvant sur les affiches l’inexpressivité d’un blaireau quelconque ou d’une « femelle maussade » (1). Pour aider les directeurs de casting à dénicher de vraies tronches, voici l’adresse d’un espace en ligne, Least Wanted, qui collectionne des photos d’avis de recherche.casting_suspects1

Ces portraits anthropométriques ont été réalisés dans plusieurs régions des Etats-Unis entre le début du sièclecasting_small_hat_4 dernier et les années soixante. Il s’agit le plus souvent de truands, d’escrocs et de gouapes.Mais on y rencontre aussi des individus qui intéressent la police soit parce que leur tête ne revenait pas aux habitants fortunés d’Hollywood, soit – comme sur le signalement reproduit ci-dessus – parce qu’il s’agissait de communistes, considérés comme des éléments particulièrement subversifs pendant la Dépression des années trente.

On trouve, dans les différentes galeries de Least Wanted, tout ce que l'espèce humaine peut proposer de faciès hors du commun: psychopathes et abrutis mais aussi paumés et malheureux en tous genres.
casting_gangsters_jeune_femme

D’ailleurs, le premier travail de notre dispositif instinctif de reconnaissance faciale est de distinguer les malfaisants de ceux ou de celles qui pourraient être des victimes. Ensuite, et avant même de lire ce que les fiches révèlent parfois,casting_small_hat_2_right1 on essaie de deviner ce qu’ils ont fait, ce qui leur est arrivé. Parfois, les mugshots (= gueules d’empeigne ) racontent spontanément de longues et rudes histoires, mixages de vrais faits divers et de fictions.

C’est alors que l’on pense aux personnages de Martin Scorcese, de Brian de Palma, d’Abel Ferrara. D’ailleurs, dans un des trombinoscopes, des internautes croient reconnaître Jack Nicholson, Bruce Willis. Et si l'on regarde bien la photo de droite du mineur du Michigan, en haut de cette note, elle pourrait être celle de Marlon Brando dans "Sur les quais". Quant à la jeune femme de Minneapolis (ci-dessus), elle fait irrésistiblement penser à l'actrice Charlize Theron dans "Monster", film de Patty Jenkins, basé sur l'histoire vraie d'une prostituée de Floride, devenue serial killer.

Du coup, une des raisons pour lesquels le cinéma américain accroche et fascine s’impose comme une évidence : les directeurs de casting y sont de véritables profilers. Ils trouvent des physionomies qui sont les paysages vivants de choses vécues. Ces visages n’ont pas besoin de pesants bavardages psychologiques pour exprimer la mentalité qui les a modelés.

casting_supects_sinatra1Validation des arguments esquissés dans cette note: voici le faciès d’un personnage qui aurait pu figurer au casting de cette anthologie de personnes recherchées.

(1) L’expression « femelles maussades » est extraite d’une plus belles chansons de Jacques Brel : « Je suis un soir d’été ».

Sources : Tinselman, Boing Boing, Laughinsquid

Posté par Alain Joannes à 16:33 - Cinéma - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


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