Communiquer par l'image

Informations et réflexion sur les images communicantes.

15 août 2006

Liban: exploitations d'une photo truquée

Liban_originale_1L'agence Reuters s'est excusée d'avoir diffusé une photo "numériquement traitée" sur la guerre au Moyen-Orient. La prise de vue originale (ci-contre, à gauche) représente une colonne de fumée s'élevant au-dessus d'une agglomération.
Il importe peu de savoir si la fumée est la conséquence du bombardement d'une ville libanaise par l'armée israélienne ou celle d'un tir de roquette du Hezbollah sur une localité israélienne. Ce qui compte dans cette exemple de désinformation par l'image c'est d'abord la motivation du photographe et, ensuite et surtout, l'exploitation qui est faite de ses manipulations.
Le traitement numérique de l'image a consisté à assombrir et à densifier la colonne de fumée et à copier une parcelle du paysage urbain pour la coller plus près du lieu de l'explosion. Pour traiter la fumée, le manipulateur a utilisé les outils spécifiques d'un logiciel de type "Photoshop" afin de dupliquer des volutes qui ont été ensuite noircies en accentuant le contraste. Comme le montre la version contestée (ci-contre, à droite)Liban_truqu_e_2 les traces informatiques de la duplication des volutes n'ont pas été estompées et la fumée s'élève en tourbillons trop réguliers. Pour dramatiser davantage, le truqueur a sélectionné les pixels d'un immeuble et les a transposés contre la base de la colonne de fumée, suggérant ainsi un plus grand nombre de victimes dans une tissu urbain aussi serré.
Outre le fait qu'il n'est pas très habile, le photographe au nom à consonnance arabe apporte une nouvelle démonstration de la nocivité des filtres idéologiques. Un témoignage qui recourt aux techniques de la propagande est, du point de vue des objectifs militants, totalement contre-productif. C'est si vrai que toutes les photos prises par le piètre photographe engagé sont désormais suspectes de manipulations, y compris celle d'un enfant mort dans les bras d'un secouriste à Canan. Il est possible que cette image-là ait été authentique. Mais les propagrandistes pro-israéliens se déchaînent contre les images signées par le truqueur et tentent, par amalgame, de discréditer d'es autres témoignages picturaux sur les conséquences de l'intervention de l'armée israélienne.
L'émotion, qui fait partie des ingrédients majeurs du photojournalisme, est au témoignage ce que le dopage est à la morale sportive. Même hypocrisie, même motivations y compris mercantiles. C'est le moment de citer Jean-Luc Godard: "Il n'y a pas d'images justes, il y a juste des images". 

Source: Cyberjournalist.
Analyses: Littlegreenfootballs
Discussions: Sportsshooter
  

Posté par Alain Joannes à 15:03 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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