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23 mars 2006

Feuilleton formaté pour cerveaux disponibles

Diffusée par la Chaîne des Cerveaux Disponibles, la série télévisée intitulée « Les experts : Miami » se distingue par un recours outrancier aux couleurs saturées, aux accords chromatiques simplistes et récurrents mais robustes, aux matières et aussi par une utilisation très particulière de la lumière.les_experts_sc_ne_g_n_rique1

En plans d’ensemble extérieurs comme en très gros plans intérieurs, les teintes sont poussées à leur intensité optimale.
les_experts_carte_postale_miami_jpeg1Les vues de Miami rappellent les cartes postales maladroitement colorisées. Les cadrages serrés évoquent les chromos des calendriers de naguère. Au début, l’œil s’en trouve réjoui. Puis il se lasse de ces excès de pigments portés à l’incandescence sans autre raison que celle d’éblouir le cerveau disponible.

Dans l’exploitation de cette palette criarde, l’usine à feuilletons formatés revient fréquemment sur des assemblages basiques: bleu, vert, jaune, le jaune étant parfois remplacé par du rouge ou par de l'orange. Ces alliages sont à l’harmonie des couleurs ce que do-mi-sol est à la composition musicale. Le piètre accord visuel tolère de rares variations avec du brun, du blanc et du noir. Maigre pitance pour les neurones qui, tapis au fond de l’œil, se réjouissent généralement de transmettre au cerveau des sensations lumineuses aussi diversifiées que possible.

La gamme des matières est un peu plus riche mais très sélective. Elle propose un assortiment de lueurs, de reflets les_experts_douille_empreintes_jpget de flous qui glissent sur du métal ou du verre. Cela sert de contexte à une focalisation sur les fibres et les gouttes. Fibres textiles et gouttes de sang constituent les cadenas d’un scénario particulièrement indigent. Ils contiennent la clef de toutes les intrigues : l’assassin a forcément oublié un bout de tissu ou un échantillon de son ADN. Le feuilleton des cerveaux disponibles pousse le mépris du téléspectateur  jusqu'à leur "faire voir" les empreintes digitales du coupable.

Le travail sur la lumière est le moins évident mais le plus efficace dans la recette du feuilleton aguicheur. Légèrement dorée, de jour comme de nuit, elle sert à détourer les personnages, à les détacher du décor pour leur conférer un relief qu’ils n’ont pas spontanément tant il est évident que les acteurs s’ennuient dans tous les épisodes. Parfois, la lumière sculpte mais le plus souvent elle trace des contours de silhouettes.

les_experts_bo_tes_m_talLa question qui se pose est de savoir à quoi riment ces barbouillages. La réponse saute aux yeux : ils renvoient à l’esthétique de la publicité. Saturation des couleurs, harmonies rudimentaires, matières exacerbées, lumières accentuées constituent le cahier des charges de la publicité qui croit faire rêver en s’évadant de la réalité. D’ailleurs, les personnages en blouses blanches dans les laboratoires de la police scientifique pourraient très bien figurer dans une publicité pour lessives.

Il importe peu à la Chaîne des Cerveaux Disponibles que le polar renonce à toute vraisemblance dramatique. Ce qui compte c’est la préparation des cerveaux disponibles à l’assimilation des messages publicitaires qui encadrent et interrompent le dépliant touristique.
Le feuilleton est réalisé en vue de favoriser le placement de produits. Les cadavres n'y sont pas exquis, ils sont carrément glamour. Prêts pour la réclame en faveur d'un produit de beauté.       

Posté par Alain Joannes à 20:36 - Télévision - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je me demande si la Chaîne des Cerveaux Disponibles n'a pas un train de retard. Aux USA les publicitaires s'inquiètent de ce que les téléspectateurs regardent de moins en moins les spots TV et cherchent des palliatifs. De là à faire une série qui ressemble à de la pub... A moins que cela ne soit une stratégie de déplacement du problème, mais je n'en vois pas bien le mécanisme. De quand date la production de cette série ?

Posté par Francis, 24 mars 2006 à 14:52

Feuilletons et pubs

J'ignore à quand remonte la production de cette série. Ce paramètre me paraît secondaire car il ne s'agit pas d'un "coup" ponctuel mais d'une tendance de fond, qui prend du temps.
Vous avez raison de remarquer que les téléspectateurs américains regardent de moins en moins les spots publicitaires et que ce phénomène inquiète les annonceurs. D'autant que la nouvelle génération de magnétoscopes numériques permet de soustraire les messages insérés. dans les programmes.
La réplique des publicitaire consiste à multiplier les placements de produits dans les feuilletons eux-mêmes. Cette publicité contextuelle aurait le mérite de désamorcer les préventions du téléspectateur en installant le produit dans un environnement pertinent: dentifrices, savon, produits de toilette dans une salle de bains; chips et coca cola dans le living room, etc... Le problème est que le placement numérique se voit un peu trop, comme un collage mal ...collé. Ceci est dû au fait que les séries ne sont pas réalisées dans les mêmes conditions d'éclairages que les produits filmés dans des studios de création publicitaire.
Un feuilleton qui adopte - contre toute logique puisqu'il s'agit d'un polar, en principe plutôt glaque même sous le soleil de Floride - l'esthétique des studios de création publicitaire est un programme qui s'offre aux placements de produits.
Tel était le sens de ma réflexion.
Il me paraît évident que la Chaîne des Cerveaux Disponibles sera la première à importer cette stratégie de placement de produits. Dès que le CSA le permettra.

Posté par Alain Joannès, 24 mars 2006 à 21:09

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